Il y a des coïncidences fâcheuses. Le même jour où le syndicat CGT annonçait que les salariés des raffineries françaises de Total se mettaient « en grève illimitée » pour s’opposer à la fermeture du site de Dunkerque, l’énergicien français (il ne faut plus l’appeler pétrolier) présentait à Bordeaux, devant la presse et un échantillon de chefs de PME régionales, son action « depuis plus de trente ans » en direction du tissu industriel local.
Mauvais genre
Des contradictions difficiles à assumer quand on est un groupe abonné aux bénéfices records. Et l’actualité se charge parfois de compliquer la communication. Les annonces de la fermeture de Dunkerque et d’un plan de réduction de coûts chez Sanofi-Aventis, géant pharmaceutique français dont Total est actionnaire de référence, font mauvais genre alors que les deux groupes viennent de présenter les meilleurs résultats du CAC 40 en ce début 2010. « Être énergicien c’est répondre à l’évolution, justifie Yves Tournié, DRH chez Total. Une entreprise est un arbre : il est normal que des branches meurent et d’autres poussent. Chez Total, au contraire d’autres entreprises, on essaie d’anticiper, on restructure. Il est faux de dire qu’on va supprimer 800 emplois à Dunkerque ! Mais le pétrole est amené à disparaître : il faut préparer le terrain. Regardez Lacq (un des sites historiques du groupe, dans le Béarn NDLR) : on avait annoncé sa fermeture avec la fin du gisement de gaz. Non seulement le site n’a pas fermé, mais on est passé de 2.500 à 5.000 salariés. Quant à Sanofi, pourquoi ne dit-on pas ce que le groupe a fait en terme de création d’emplois ? »
50.000 emplois soutenus
D’emploi, il en était donc aussi question ce jeudi à Bordeaux où Total dévoilait son action pour la création et le développement des PME. Une action initiée il y a plus de 30 ans, peu connue du grand public et des chefs d’entreprises eux-même et pilotée par une structure ad hoc : Total Développement Régional (TDR). Depuis sa création cette structure affiche des résultats : 2.500 projets d’entreprises soutenus, contribuant à la création ou au maintien de 50.000 emplois, 280 millions d’euros de prêts divers (valeur non actualisée). Une démarche qui s’adresse tout autant aux créateurs et dirigeants d’entreprises qu’aux acteurs publics et privés

- Bruno Masson (à gauche), pdg d’OTECH, expliquait aux côtés de Pierre Barlet hier le rôle de TDR dans son développement
- Photo Bordeaux Actu - Stéphane Moreale
du territoire. La philosophie du dispositif est résumée par Claude Arquizan, délégué régional de TDR : « nous jouons un peu le rôle du « grand frère » auprès des PME, qui sont les structures créant le plus d’emplois en France ». Des PME qui ont souvent du mal à initier un projet de développement, ou simplement à se pérenniser, faute de méthodologie et de moyens. L’action menée par TDR conjointement avec de nombreux partenaires, chambres de commerce, Conseil régional, Conseil général, structures spécifiques telles OSEO, tourne autour de trois axes : le soutien financier à la création, à la reprise et au développement des PME ; l’accompagnement à l’exportation et au développement international ; l’appui technologique et le partage des savoir-faire. « On permet aux PME proches de notre secteur d’activité (donc surtout tournées vers la production de biens industriels) de bénéficier des moyens de recherche de Total, explique ainsi Pierre Barlet, chargé de l’appui technologique à Lacq. On étudie les projets, on propose des méthodes, on transfère de la technologie ». Un accompagnement qui peut aussi être financier.
Soutien à l’exportation
Bruno Masson, directeur général d’OTECH, entreprise basée près de Bayonne et spécialisée dans la fabrication de rampes et de pivots d’irrigation (ceux-là même que l’on peut voir dans les champs de maïs), a bénéficié de cette aide, de même qu’un accompagnement à l’export. « J’avais besoin d’un coach. Total avait fait du bon boulot lors de la

- Pierre Croci, directeur général de Réseau Entreprendre Adour : un exemple de partenariat entre un acteur privé du développement économique et TDR
- Photo Bordeaux Actu - Stéphane Moreale
restructuration de Lacq. Ils m’ont aidé à retrouver des compétences, du matériel, des conseils de méthodologie et d’investissements ». Aujourd’hui OTECH, 44 salariés, vend ses rampes dans 22 pays pour un chiffre d’affaires de 11 millions d’euros.
La présence à la réunion de jeudi de nombreux chefs d’entreprises révèle combien les mécanismes d’accompagnement des PME sont méconnus des principales intéressées, ce que confirme des organismes spécialisés dans cette activité tels Ubifrance, l’agence française pour le développement international des entreprises, présente à la réunion d’hier. « Le Français à tendance à attendre que cela vienne », conclut Yves Tournié.
Pour en savoir plus : http://developpement-regional.total.com















