La figure, quelque peu estompée, de Brémontier a été honorée cet été. Il est à l’origine de la forêt dunaire que l’on traverse pour atteindre la plage. Vous qui aimez le sud-ouest du Médoc pour sa beauté et la sensation de liberté qu’il offre, savez-vous qu’il y a 150 ans, à peine,
la région au bas des dunes était réputée comme l’une des plus inhospitalières de France, vaste zone de marécages rongée par les fièvres et la pellagre ainsi que la décrit, en 1857, Edmont About dans Les échasses de Maitre Pierre.
L’instrument de la transformation est un canal, bien modeste
. Souvent on le traverse sans le voir. L’été du moins car dès l’automne son cours enfle, les flots deviennent tumultueux, gonflés de toute l’eau qui, en son absence, noierait la contrée. L’année passée, 2009, a permis de commémorer (dans la discrétion) ses 150 ans. Plus précisément
il y a 150 ans, le 23 juillet 1859, l’empereur Napoléon III signait le décret qui autorisait et encourageait la réalisation du Canal qui allait sauver le contrée et assurer le transit des eaux entre l’étang de Lacanau et le Bassin d’Arcachon.
1 - Des dunes bloquent les ruisseaux côtiers
Pourquoi un canal ? Pour évacuer l’eau des pluies. Une partie de celles qui tombent sur le Médoc s’écoule spontanément vers la Gironde, mais une autre est piégée. Un petit relief lui interdi le fleuve, un autre la coupe du Bassin d’Arcachon. Dans les siècles antérieurs des “courants”, sorte de ruisseaux, les conduisaient vers l’océan. Les dunes qui mangent la terre ont coupés ces exhutoires naturels. L’eau stagne sur toute une étendue correspondant à la moitié ouest des actuels cantons de Castelnau et de Saint Laurent du Médoc.
Telle était la situation dès la fin du règne de Louis XIV et déjà on pensait à un canal.
Pendant 150 ans les projets se multiplieront ou plutôt la même idée ressurgira sous des formes diverses, sans réalisation et la région verra enfler sa triste réputation. Avec la froide distanciation de ceux qui “ne sont pas du même monde”, les visiteurs extérieurs décrivent les populations comme une race maladive et affaiblie par son environnement.
2 - Les voies naturelles d’évacuation préfigurent le canal
La nature, d’elle même, pallie l’absence d’écoulement mais trop partiellement. Il existe un exutoire quand il y a vraiment trop d’eau. A partir d’un certain niveau, l’excédent déborde, franchit le petit seuil qui sépare les lacs médocains du Bassin d’Arcachon, et dévale vers celui-ci en ravinant.
Les cartes de l’époque, celle de Cassini notamment, le mentionne. Il s’est même formé dans la paroisse de Lège, dès le milieu du 18° siècle, un fossé d’effondrement, sorte de canyon taillé dans le sable, par où passent les flots.
Et quand il y encore plus d’eau, des débordements analogues se produisent du coté de la Gironde. On rapporte que, certaines années particulièrement pluvieuses, des pêcheurs du Porge faisaient, en barque, des transports entre le Bassin d’Arcachon et la région de Valeyrac et Saint Vivien.
Les projets de canalisation du 19° siècle reprendront à peu près les tracés de ces écoulements spontanés, comme quoi la nature fait bien les choses.
3 - Dissensions entre paroisses
Toutes les paroises sont plus ou moins inondées mais elles ne réagissent pas de la même façon. Les habitants du Porge en profitent pour développer la pêche et même pour pratiquer une sorte d’élevage de poissons d’eau douce. Pire, pour rendre la chose plus productive, ils n’hésitent pas à s’assurer d’une présence suffisamment abondante d’eau, Ils établissant des digues qui coupent l’écoulement vers le Bassin d’Arcachon et rehaussent le niveau de l’eau stagnante. Ils y gagnent en poissons, les autres paroisses y perdent en terre cultivables. Le dernier quart du 18° siècle voit se multiplier les plaintes des habitants de Lacanau contre ceux du Porge dont les digues provoquent des inondations permanentes de leurs champs et de leurs maisons. Brémontier, alors simple sous ingénieur des Ponts et chaussées, eût à s’occuper plusieurs
fois du problème avant même de s’intéresser à la fixation des dunes. Il n’est pas exclu d’ailleurs que ce fût le point de départ de sa réflexion sur le sujet qui fît sa gloire.
4 - Bassin versant des lacs médocains
Avant d’évoquer la construction du canal, faisons un bond jusqu’à notre époque. Question relief, c’est à dire les points hauts et les parties basses, la géographie a peu changé. Si bien qu’une carte réalisée pour la gestion des eaux à l’époque actuelle (SAGE des lacs médocains) permet encore de visualiser ce qui provoquait les marais médocains et comment ils furent asséchés grace à la réalisation du canal.
Aujourd’hui, la gestion et l’entretien du canal sont assurés par le SIAEBVELG, Syndicat intercommunal d’aménagement des eaux du Bassin versant des étangs du littoral girondin. L’enjeu le plus apparent pour le grand public concerne la sauvegarde des anguilles en permettant aux piballes de remonter, sans prélévements excessifs, les eaux du canal, mais il est certain que faute d’un entretien constant de l’ouvrage, cette partie du Médoc redeviendrait vite un marais.






















