Aéroport de Mérignac, lundi 14H30. Face aux halls d’arrivée, un régiment de bus attend ses passagers du jour. « Il y en a bien une trentaine, commente le responsable d’une compagnie de cars. Soit 1500 places. On doit convoyer vers Orly autour de 1000 personnes en provenance de Fort de France et Cuba ». Un collègue intervient : « T’as pas un chauffeur qui pourrait me suivre ? J’ai explosé mon quota d’heures ! » Côté chauffeurs, c’est l’attente et la fatigue.
Côté passagers, on peut rajouter une grosse louche d’incertitude à l’ambiance. Les services de l’aéroport, des compagnies aériennes et d’autocars font ce qu’ils peuvent mais l’information, comme les avions, circule au compte-goutte. « Je viens d’arriver à l’aéroport, confie une jeune Niçoise. Je cherchais un vol pour Nice mais je n’ai aucune info. Il y a des avions, mais pour Marseille seulement ». Plus loin, un groupe de Monténégrins débarqués de la Havane se demande comment rentrer à la maison. L’un d’eux cherche à monnayer un bus « piccolo » pour gagner Trieste en Italie. « Possible de prendre un mini-bus quitte à payer ? » demande-t-il dans un anglais hésitant à un coordonnateur. « Votre contrat avec Air France stipule qu’un bus doit vous amener à Paris ! » « Mais qu’est-ce que vous voulez que j’aille faire à Paris ? »
Autorisation prolongée mais peu d’avions
Les Français bloqués à l’étranger seraient encore au nombre de 100.000 selon les derniers comptages du ministère des Affaires étrangères. Alors que la Direction générale de l’aviation civile a décidé de rouvrir progressivement les aéroports du Nord de l’Hexagone, Bordeaux sert actuellement de sas d’entrée pour les passagers en transit. Du moins pour ceux qui ont eu la chance d’avoir un vol.

- Pour ces Monténégrins, c’était l’attente hier d’un moyen de quitter Bordeaux
- Photo Bordeaux Actu - Stéphane Moreale
Comme cette Strasbourgeoise, très remontée contre les cheminots en grève : « La grève à la SNCF, c’est une faute grave ! J’ai eu la chance d’avoir un vol ce matin à Lisbonne ; j’espère pouvoir prendre un TGV à Paris pour Strasbourg mais là , je dois prendre un bus pour Roissy ! »
Sur les 14 vols affichés au tableau d’arrivée lundi, 10 ont été annulés. Seuls Madrid, Marseille, Barcelone et Rome étaient maintenus. Ce mardi le trafic reste très perturbé. Hier seuls quatre longs-courriers d’Air France ont pu se poser sur le tarmac de Mérignac : l’un venant de la Havane, les autres de JFK-New York, Pékin et Séoul. Mais aucun moyen courrier. Qu’en sera-t-il aujourd’hui ? Alors que le ministre Jean-Louis Borloo restait très prudent ce matin sur la reprise du trafic aérien, les compagnies aériennes ont annoncé essayer d’assurer 75% des vols longs-courriers au départ de Paris.
Nouveau nuage annoncé
Atteindront-elles leurs objectifs ? Lundi à Mérignac 18 départs ont du être annulés. Seuls deux vols vers Rome, deux vers Marseille, deux autres vers Barcelone et un vers Nantes ont pu être maintenus. Les passagers qui débarquent manquent d’informations sur les vols. Lundi la SNCF a dégagé des moyens pour venir en aide aux passagers échoués à Bordeaux. « On a mis en place 3 renforcements, explique Jean-Louis Pech, responsable de la communication à la SNCF : un duplex (TGV à deux étages) de 516 places, un doublement de rame sur le TGV venant de Biarritz (485 places) et un autre depuis Dax (485 places). Tout ça en plus de la circulation normale. Le problème, c’est que la destination finale des voyageurs n’est pas forcément Paris : on vient de recevoir un long-courrier de JFK, 300 passagers au total. Seuls 80 remontaient sur la capitale ! »
Alors que l’on annonce l’arrivée d’un nouveau nuage de cendres et que l’activité du volcan semble reprendre, l’incertitude demeure plus que jamais sur la normalisation progressive de la situation.
















