Simone Veil est entrée quai de Conty, sous la coupole, devenant immortelle à 82 ans, après une vie personnelle, publique, riche, remplie d’évènements et chargée d’enseignements.
Féministe avant tout, dans son discours d’intronisation empreint d’humanisme, où l’on percevait à travers ses paroles, une grande sensibilité, une humilité lorsqu’elle a retracé, comme le veut la tradition, la vie et le parcours de son prédécesseur à l’Académie, Pierre Mesmer, homme de la légion étrangère, ancien 1er ministre de la Vème république française.
Accueillie par Jean d’Ormesson, cette dame dont l’habit vert lui sied si bien, à l’image de la couleur de ses yeux, l’épée sur le côté sur laquelle elle a fait graver son numéro de déportée à 17 ans en 1944, dans les camps de la mort : Auschwitz-Birkenau.
C’est donc une femme d’histoire par son parcours exceptionnel qui est devenue académicienne. En évoquant son prédécesseur, titulaire du fauteuil, elle cite André Malraux : « Les hommes d’action n’ont pas besoin de parler puisqu’ils agissent ».
C’est bien l’action permanente qui la caractérise et qui a guidé sa vie tant le parcours fut dense : magistrat, ministre dont la loi en 1979 dépénalisant l’avortement a marqué un tournant déterminant pour la libéralisation des femmes.
Présidente du Parlement Européen jusqu’en 1982, puis membre du Conseil Constitutionnel de 1998 à 2007, regrettant qu’actuellement ne siège qu’une seule femme.
Devant pas moins de 3 Présidents de la République, d’un parterre de dignitaires et personnalités, que d’émotion ressentie dans ses propos retraçant tantôt la vie de Pierre Mesmer, tantôt les périples de sa propre vie si riche, si intense.
Lorsque Jean d’Ormesson, à son tour, dans un discours de bienvenue lénifiant fit référence à , Racine qui a occupé ce 13ème siège, à Bérénice, à Phèdre, il nous a semblé que l’histoire se répétait, très actuelle. Puis il évoquait sans vergogne, la vie de l’impétrante, son caractère, ses actions, ses réactions, avec tact teinté de temps à autres d’un peu de malice qui caractérise ce grand écivain, excellent orateur de sa voix suave et son phrasé inémitable.
Il laissait tomber, en fin de ses propos que ce qui caractérise Simone Veil c’est son courage, sa résolution qui l’ont sauvée du désespoir, son intégrité, sa popularité constante : femme préférée des Français et si exceptionnelle par son parcours, sachant dominer le malheur qui sait imposer sans s’imposer !
Quel beau portrait tracé tel le pinceau expert d’un peintre de l’écriture et du savoir dire qui concluait magistralement de ces mots : « Nous vous aimons, Madame, pour ce que vous suscitez d’admiration, de respect, d’affection et de fascination ».
Pour terminer ce propos, je citerai une autre Simone Weil de son nom, philosophe française exilée en 1943, décédée cette même année qui disait : « Qu’il faut connaître le mal qu’on veut combattre », mais aussi :« Si l’avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien, c’est nous qui pour le construire devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même ».
Ce sont ces thèmes que cette autre Simone qui dans ses essais : « Oppressions et libertés » a si bien développés, qui me semblent parfaitement s’appliquer à notre nouvelle académicienne Simone Veil.














