« Ça ne nous concerne absolument pas ! » Le président d’Emmaüs Bordeaux Pascal Lafargue est formel : « Ce n’est pas un mot d’ordre de grève national : c’est juste Emmaüs Paris qui a lancé ça. Ils gèrent les accueils de jour, de nuit et l’accompagnement social des personnes en difficulté. » Dans les locaux du centre bordelais de l’association fondée par l’abbé Pierre en 1954, personne ne semble au courant du mouvement de grève lancé ce mardi par les collègues de Paris. « On a pas eu de mail, on ne connaît pas leurs revendications », assurent deux salariés du siège cour de la Somme. Un fax reprenant l’info vient juste d’être affiché au panneau centralisant les coupures de presse.
Affecter l’image
Pourtant, Pascal Lafargue s’avère moins serein qu’il ne le montre. Car le mouvement de grève inédit lancé de Paris, même s’il ne concerne qu’une seule des 115 communautés Emmaüs que compte le pays, dont certaines très grosses (Emmaüs Habitat gère ainsi 12.000 logements en ÃŽle de France), pourrait affecter l’image d’Emmaüs aux yeux de l’opinion. Revendiquer pour de meilleurs salaires et conditions de travail, dans une association qui vient en aide aux plus démunis, ça fait désordre. « Des négociations sur les salaires et les conditions de travail des salariés d’Emmaüs se tiendront mercredi », a d’ailleurs annoncé le délégué général de l’association, Didier Cusserne.
Une centaine de salariés sur 500 - éducateurs, assistantes sociales, permanents syndiqués ou non, travaillant dans les centres d’hébergement, les accueils de jour ou les maisons relais à Paris et en Ile-de-France - ont par ailleurs manifesté ce mardi devant le siège parisien d’Emmaüs, répondant à l’appel de l’intersyndicale Sud, FO et CGT.
Malaise croissant
Pour Pascal Lafargue, ce mouvement est révélateur du malaise croissant au sein de la Communauté Emmaüs, qui doit faire face à des obligations de plus en plus lourdes sans en avoir toujours les moyens. « Emmaüs Paris a des missions de service public gérés par convention. Elle mène des actions sociales via des subventions, qui représentent l’essentiel de son budget de fonctionnement. Elle emploie 450 salariés mais le président d’Emmaüs Paris [Christophe Deltomb] et son conseil d’administration doivent faire avec ce qu’ils ont. S’il ne donne pas satisfaction aux salariés [ 15% des salariés sont proches du Smic, soit 70 personnes] c’est qu’ils n’en ont pas les moyens. » Le président d’Emmaüs Bordeaux confie à ce propos avoir du fournir de gros efforts pour ouvrir une halte de 12 places à Bacalan : « les moyens n’étaient pas suffisants. On l’a ouverte à la demande du préfet mais si on n’avait pas réalisé des économies d’échelle, on aurait pas pu ».
Pascal Lafargue livre néanmoins une remarque qui pourrait se lire comme une critique voilée de certaines situations : « ici à Bordeaux, on a une politique exemplaire en matière salariale. Pas de salaire inférieur à 1500 euros, pas de salaire supérieur à 3 fois le salaire de base. Les salariés ont six semaines de congés payés et une mutuelle. Je souhaite que partout ailleurs le salaire des cadres reste raisonnable. Ils ne devraient pas dépasser une échelle de 1 à 5 »... À Emmaüs Bordeaux on va donc suivre le mouvement parisien de près... en espérant que l’image de la communauté n’en sera pas affectée. « Le public doit comprendre que c’est l’État qui est défaillant, conclut Pascal Lafargue. J’espère qu’ils le comprendront. De toute façon, cela fait déjà quelques semaines que ces problèmes ont émergé. Les dirigeants d’Emmaüs ne doivent plus accepter de missions s’ils ne peuvent pas suivre ».
















