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le jeudi 14 janvier 2010

SANTE | Frédéric Meunier inquiet du trou d’air dans les dons de sang

Les conditions météo ont perturbé la gestion des stocks entre les établissements de l’Hexagone dans une période où, traditionnellement, les dons sont en baisse. Le docteur Frédéric Meunier, de l’EFS (Établissement français du sang) Aquitaine-Limousin, fait le point sur la situation.

1/ Bordeaux Actu : Quel est le niveau actuel des stocks de sang pour la région ?
Frédéric Meunier : Nous sommes tombés depuis la vague de froid de 17 jours de stocks à 12 jours. La situation est devenue limite : il nous faudrait 15 jours de stocks, soit 100.000 poches de sang de 220 ml. Début janvier, il y a toujours une chute des dons : c’est les fêtes, les gens ne pensent pas à donner. Le problème, c’est que les services à l’hôpital reprennent en janvier. Et cette année, les conditions météo ont aggravé le problème. La neige a bloqué plusieurs régions du pays. Il y a eu un arrêt de la circulation des poches entre les centres, qui compensent entre eux les éventuels manques. Or si la durée de conservation d’une poche de globules rouges est de 42 jours à 4°C, elle tombe à 5 jours pour les plaquettes sanguines. Dans la région on a perdu 800 poches sur les routes bloquées, notamment en Dordogne.

2/ Bordeaux Actu : Les stocks baissent alors que les besoins augmentent...
Frédéric Meunier : En France il n’y a pas de vrai gestion des stocks. Ceci dit, ce n’est pas la chirurgie qui consomme le plus : les techniques ont évolué, le patient saigne moins et on récupère son sang pour le lui réinjecter. Les services de médecine sont les plus gros consommateurs. 70% des poches vont en cancérologie, hématologie... Des services qui reçoivent un nombre croissant de patients, eux-même de plus en plus âgés. Il y a 15 ans, on réalisait peu de greffes de moelle osseuse chez les leucémiques, la technique ne le permettait pas. Aujourd’hui c’est maîtrisé. Or, avant que la moelle greffée commence à produire les cellules sanguines, le patient a besoin quotidiennement d’une poche de plaquettes et de deux à trois poches de globules rouges. Pendant trois semaines !

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Frédéric Meunier reconnaît que l’EFS va devoir se donner les moyens de mieux communiquer
Photo Bordeaux Actu - Stéphane Moreale

3/ Bordeaux Actu : Les fondations ou les associations comme l’ARC (Association pour la recherche sur le cancer) lancent régulièrement des campagnes de communication dans les médias pour générer des dons. Pourquoi l’EFS reste-t-il si discret ?
Frédéric Meunier : Une campagne télé coûte une fortune. Or l’EFS est un établissement public. Notre budget de communication est autour de 800.000 euros. Impossible de lancer avec ça une campagne sur les chaînes privées, ni même publiques. Les affichages urbains, on en fait de temps en temps. Mais notre réflexion progresse : on sent qu’il va falloir mieux communiquer.

4/ Bordeaux Actu : La situation des dons est contrastée...
Frédéric Meunier : 5% des gens en âge de donner leur sang le font régulièrement. Le fossé est profond entre zones rurales et urbaines. Dans les campagnes, la moyenne d’âge des donneurs est de 50 ans ; dans les zones urbaines, ce sont surtout des jeunes. En zone rurale, des associations organisent des réunions publiques, font du porte-à-porte. En ville, on organise des collectes avec le Rotary club, le Lion’s Club. La dernière collecte allées de Tourny à Bordeaux a permis de réunir 1.300 poches, dont la moitié de nouveaux donneurs. On a recours à des techniques comme les flyers, des musiciens pour animer les rencontres. Surtout, on contacte les donneurs à proximité des lieux de collecte.

5/ Bordeaux Actu : Le don de moelle complique les choses...
Frédéric Meunier : Il est géré conjointement avec l’Agence de la biomédecine. C’est une procédure complexe. On prélève sur un donneur deux tubes de sang pour établir sa compatibilité avec un receveur éventuel. On interroge ensuite le fichier national et les fichiers internationaux pour voir s’il existe un receveur en attente. Le plus souvent, il n’y a personne. Les chances de trouver un donneur compatible sont de une sur un million ! Et le greffon ne peut être conservé plus de 36 heures...

6/ Bordeaux Actu : L’espoir se trouve-t-il du côté des cellules souches placentaires ?
Frédéric Meunier : Le placenta est riche en cellules souches immatures, c’est-à-dire posant de très faibles problèmes de compatibilité. Le don de cellules placentaires intéresse ; on reçoit de plus en plus de mails de jeunes mamans qui demandent comment donner. On a mis en place avec la maternité du CHU de Bordeaux un processus de collecte. On vient de démarrer une collaboration avec celles de Limoges et de Mont-de-Marsan. Notre ambition est d’établir un point de collecte par département. Mais c’est compliqué à mettre en place : il faut que le personnel des maternités soit formé à ce type de prélèvement, il faut le matériel, réfléchir au transport, à la logistique. Par exemple, à Limoges, il est impératif de réaliser les prélèvements avant 15h, pour attraper à temps la navette qui repart sur Bordeaux ! Enfin, le nombre de cellules souches par prélèvement est faible. Et il est indispensable que la mère revienne 4 mois plus tard avec son enfant pour vérifier l’absence d’anomalies, notamment génétiques...

Pour donner, cliquez sur www.dondusang.net

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