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par Stéphan Foltier le mercredi 15 juillet 2009

POMPIERS | GIRONDE | Lieutenant-Colonel Jean-Paul Larrouy-Castera : l’esprit de Corps, du coeur et de la communication

Le chargé de communication et relations presse des sapeurs-pompiers de la Gironde prend sa retraite. Avec lui, toute une histoire de relations humaines et d’expériences particulières en matière de communication de crise. Mais le serviteur de la lutte contre l’incendie, comme tout pompiers, veillera...

S’il existe un lien fort entre la presse et les pompiers de la Gironde, de respect et de confiance, c’est pour beaucoup grâce au Lieutenant-colonel Jean-Paul Larrouy-Castera. Connu de tous les journalistes, contact privilégié de la presse télé, radio ou écrite, il restera dans les mémoires des médias comme l’homme qui a facilité l’information et fait respecter les équilibres. Tant bien que mal parfois.

Carrière atypique. Basé au CODES de Bordeaux à la caserne d’Ornano où sont traités 400 000 appels par an, il définit lui-même son parcours comme atypique : électronicien de formation dans les années 65, il travaillait dans une filiale de Framatome à réguler les barres graphites dans les centrales

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La prise de garde de mercredi 15 juillet à 19h30 à la caserne Ornano de Bordeaux
photo Bordeaux Actu - Stéphan Foltier

nucléaires. Puis il devient enseignant dans un lycée professionnel à Oloron Sainte-Marie puis à Aire-sur-l’Adour. Dans ce chef-lieu des Landes où il fait de la spéléologie, il rencontre des pompiers volontaires en juillet 1975 et se retrouve engagé dans une profession où les relations entre collègues seront bien moins compliquées qu’entre professeurs. En octobre 1981, il est nommé chef de Corps des pompiers d’Oloron Sainte-Marie jusqu’en décembre de la même année, où il retrouve aussi la richesse de l’enseignement en donnant quelques cours de physique à des pompiers officiers de Bordeaux. C’est alors que le Commandant Simon l’appelle, lui et son Corps, pour une situation particulière : enlever un chiffon qui avait été mis en haut de la cathédrale Saint-André, grâce à leur compétence d’escalade. Il participe donc, ensuite et sur une boutade sur le manque de cette compétence à Bordeaux, à la création d’un groupe d’intervention en milieu périlleux : le « GRIMP ». Il devient chef de centre à Mérignac en 1989 puis en 2002 chargé de communication pour le SDIS de Gironde.

Expert en communication de crise. Bien que la loi confère aux pompiers une seule mission : combattre les incendies, ils participent, comme tout le monde le sait aux secours aux personnes et à la protection des biens, comme « missions partagées ». Car « tout doit mettre la main à la patte ». Déjà l’esprit de Corps, d’aide et d’entraide se fait sentir. C’est d’autant plus vrai mais d’autant plus difficile à certains niveaux pour des situations de crise, comme par exemple pendant la tempête Klaus. Fort d’une expérience de ce type en

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Préparation minutieuse du défilé du 14 juillet 2009 à Bordeaux par le lieutenant-colonel Larrouy-Castéra

Martinique il y a quelques années, le lieutenant-colonel Jean-Paul Larrouy-Castéra a donc permis d’assurer une coordination efficace des moyens pendant la tempête, une information rapide et ciblée de la population, notamment grâce à ses relations directes avec les journalistes et aux radios, et donc plus de réactivité des secours. Mais aussi sa connaissance des équipes et de leurs compétences. « Dans ce genre d’opération, tout le monde doit se serrer les coudes. Mais même sur les feux : tous participent, et dans sa mission de communiquant, c’est une voie parallèle dans laquelle toutes les administrations se rencontrent. Les relations avec les journalistes ramènent l’information au public, comme les pompiers le font auprès de leur hiérarchie au contact du terrain ». Les maillons de la chaîne sont donc bien huilés, et tous s’entraînent pour former la solution. Au-delà du niveau d’expert, on dénombre aussi de nombreux « référents » chez les pompiers, garants des interventions et qui maîtrise les « comment faire », dont les procédures sont codifiées dans le GNR, le guide national de référence.

Passer le témoin... avec humilité. chez les pompiers, les réservistes n’existent pas, contrairement à l’armée. « C’est un problème de dimensionnement du service, ce n’est pas propre au service communication, mais selon la situation et les opérations, on rajoute certaines personnes là où il faut ». Même si l’officier de communication au long cours décrit ces expériences comme des « chances », en appuyant les guillemets, il les relativise fortement : aux Antilles, il a été efficace et a gagné en réactivité grâce à sa connaissance des journalistes. Pendant la tempête, idem avec la connaissance des équipes et des procédures. Mais il insiste beaucoup sur la nécessité de conserver une

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« ...marcher au pas en rang serrés n’est pas notre spécialité » <...> « les pompiers, c’est l’armée que le maire n’a pas »

forte dose d’humilité : « c’est indispensable à tous niveau ! Surtout dans le métier de pompier, face à des événements à résoudre comme un feu ou une tempête. Mais, en toute modestie, il est possible que dans 10 ans je sois encore utile à mon successeur parce que je connais bien les procédures et que je puisse donner un coup de main à la cellule com’ pour gagner en réactivité. En tout cas, ils savent qu’ils peuvent compter sur moi ». Le pincement au cœur et même la larme à l’oeil ensuite, Jean-Paul Larrouy-Castéra s’émeut fortement en parlant de relations humaines, entraide, collègues, amis, pensant à ces familles qui regardent parfois partir l’un d’eux à toute vitesse pour une intervention en se posant inévitablement des questions douloureuses. L’esprit de Corps, de partage et de coopération a toujours quelque chose de collectif, rappelant les mêmes valeurs que l’on retrouve à l’armée ou dans des sports comme le rugby. Et il souligne : « le métier de pompiers, c’est tout sauf la routine ».

Des expériences douloureuses aussi. Si le « colonel Larrouy », comme certains anciens ou collègues amis l’appellent, a vécu plusieurs opérations de gestion de crise, il y en a une, récente, qui l’a profondément touché, de par l’issue dramatique, sa gestion difficile, mais aussi la tournure médiatique qu’elle a prise : il s’agit de l’incendie de Bazas de 2008. Et là, le chargé de communication l’a un peu en travers de la gorge : un journaliste radio lâche une information erronée provenant d’un habitant, sans parler du reste de l’intervention, côté pompiers. Et qui plus est, le même média annonce que " la

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le lieutenant-colonel Larrouy-Castéra, chargé de communication du SDIS de la Gironde part en retraite

suite « sera communiqué dans le journal de - telle - heure, comme dans un téléfilm. tout ce qu’il déteste : désinformation, et surtout non-respect de l’équilibre des informations d’une affaire, ne parlant que du mauvais côté, que d’une version à charge ou à décharge... » C’est une question de confiance, aussi, entre le journaliste et l’officier de communication. D’autres situations ont d’ailleurs prouvé qu’il fallait être très prudent quant à ce que l’on avance en tant que journaliste concernant une intervention de secours. Ou d’autres, encore, où des infos avaient été recueillies et non-communiquées aux pompiers, qui auraient pu radicalement les aider « . Une opération de communication loupée, rattrapée ensuite in extremis. » Je me suis senti trahi " conclut-il. Tout comme l’issue toute aussi dramatique de la petite fille morte coincée dans un puits à Oloron. Finalement, les deux échecs malheureux et profonds regrets de sa carrière.

Départ en fanfare. avant-hier, c’était donc son dernier 14 juillet, en tant qu’officier de communication du SDIS Gironde et organisateur pour la partie pompiers, avec des décorations qui rendent fiers ces soldats du feu ainsi honorés, et malgré une manifestation plutôt intimidante. Un événement qui s’est d’ailleurs soldé par un sans faute et un défilé mené tambour battant, au pas et en rangs serrés. « Même si ce n’est pas notre spécialité », précise t-il. Mais après tout, comme il le souligne, « les pompiers, c’est l’armée que le maire n’a pas ». Bel esprit du service au public, pour sa ville et son département puisque la formule sous-entend le SDIS, et que dans SDIS, il y a « départemental ». Alain Juppé et Philippe Madrelle apprécieront sûrement. Bon courage, Colonel Larrouy. Rompez, vous l’avez mérité.

(1) : Service départemental d’incendie et de secours

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