Y penser toujours. Éviter d’en parler. C’est le mot d’ordre chez les élus socialistes girondins au sujet d’une des mesures phares soumise à la consultation des militants le 1er octobre dernier sous l’impulsion de la présidente du parti Martine Aubry : le non-cumul d’un mandat parlementaire, député ou sénateur, avec un mandat exécutif local, conseiller général ou régional. Et l’impossibilité d’assumer plus de trois mandats électoraux identiques successifs. Une réforme des statuts révolutionnaire qui sera validée par un nouveau vote des militants en juin prochain.

- Les militants socialistes ont largement approuvé le non-cumul
- Photo Bordeaux Actu - Bernard Lamarque
« La question ne se pose pas aujourd’hui, affirme Alain Anziani, sénateur, adjoint au maire de Mérignac et vice-président du Conseil régional en charge de l’emploi et du développement économique. Il faut attendre la convention de juin 2010. Là, on est dans le débat des régionales ».
Tout le monde y pense
Le non-cumul ne sera applicable que pour les législatives de 2012, mais « on ne sait pas encore quelles seront les directives nationales et leur application au niveau régional », entend-on du côté de la fédération PS de Gironde. Si tout le monde au parti à la tête dans le guidon à l’approche des premiers cols des régionales, il reste tout de même une part de cerveau disponible, comme le dirait l’ex-tête pensante de TF1 Étienne Mougeotte, pour penser à cette réforme du non-cumul. Y penser toujours, mais éviter d’en parler : « ça n’est pas un dossier ouvert aujourd’hui », répète Alain Anziani, qui a longtemps dirigé la « fédé » PS de la Gironde.
« Objectivement, tout le monde y pense, assure la députée socialiste de la deuxième circonscription de Gironde Michelle Delaunay. J’espère que cette réforme audacieuse ne sera pas sabordée ». Fichtre ! Quelques esprits mal intentionnés oeuvreraient-ils en secret contre une mesure votée à plus de 74% par les militants ? « Certains députés vont freiner des quatre fers », prophétise Michelle Delaunay. Et pour cause ! En consultant les militants sur ce sujet extrêmement sensible et récurrent de la vie politique française, Martine Aubry et la direction du PS ont-ils conscience d’avoir ouvert une sorte de boite de Pandore ? « On est le seul parti à faire ça et ça nous met en position de faiblesse, avoue Michelle Delaunay. Si quelqu’un de très connu sur un territoire se représente, ses chances de l’emporter sont quand même plus grandes que s’il était inconnu. Alain Rousset a quand même plus de chances d’être élu à la tête du Conseil régional que Philippe Buisson ! » Autre raison, déjà mainte fois avancée pour justifier le cumul : « les parlementaires sont assez « hors-sol », ils n’ont pas le pied dans les dossiers locaux ». Une situation que semblent pourtant bien supporter les homologues allemands de nos parlementaires, qui sont plus de 85% à n’avoir qu’un mandat.
Le PS ne veut pas être tout seul
« Moi par exemple je ne pourrai plus siéger au conseil d’administration du CHU de Bordeaux si je ne suis plus conseillère générale », argumente Michelle Delauney, qui souhaite qu’une loi « mette tous les partis sur un pied d’égalité ». C’est là un argument que l’on commence à entendre chez certains élus socialistes. « Le PS va-t-il s’appliquer des règles qui ne s’imposeront qu’à lui-même ? lâche Alain Anziani : les Verts, l’UMP n’appliquent pas le non cumul ». L’application du non-cumul et de l’interdiction de plus de trois mandats électifs identiques successifs risque de chambouler bien des carrières politiques au parti ! Et d’éroder les fins de mois. Si Alain Rousset est élu président du Conseil régional d’Aquitaine, il ne pourra donc pas se représenter candidat à la députation aux élections législatives de 2012. Quant à Philippe Madrelle, indéboulonnable président du Conseil général de la Gironde, il devra céder son fauteuil. Alain Anziani devra choisir entre le Sénat et la Région Aquitaine. De quoi provoquer quelques grincements de dents chez certains pros du cumul au parti. Qui ne vont pas manquer de faire pression pour que la réforme qui sera intégrée aux nouveaux statuts lors de la convention de juin soit, au mieux, « assouplie ». « J’espère que Martine Aubry saura résister aux pressions, rétorque Michelle Delaunay. Le parti socialiste doit être à l’avant-garde. Et les Français, qui ont tant de mal à trouver un emploi, n’accepteront pas longtemps que certains les cumulent ! Enfin, personne ne peut objectivement être 7 jours sur 7 sur le terrain et 3 jours par semaine à l’Assemblée nationale ».


















