Bordeaux et la Gironde ne tirent pas, en termes d’image, d’animation culturelle et d’attrait touristique, tout le parti possible de la très grande activité musicale que connait la région pendant l’été. Telle est la conviction de certains suite à une réflexion qui doit beaucoup à l’initiative originale de Monsieur Friedrich-Carl Bruns, Consul général d’Allemagne à Bordeaux.

- Freidrich Carl Bruns, Consul Général d’Allemagne ; Anna Lave, dramaturge et Michael Herrmann intendant du Festival de Rheingau
- Photo Bordeaux Actu - Bernard Lamarque
Bordeaux Musical, une image perdue
Mai Musical, tous les bordelais en gardent la nostalgie, même ceux trop jeunes pour l’avoir connu. Certes, il avait un coté mondain qui parait désuet aujourd’hui mais, pendant ce mois, Bordeaux était musique et le monde de la musique se tournait vers Bordeaux.
Bordeaux, la Gironde, l’Aquitaine n’aiment pas moins la musique qu’il y a vingt ou trente ans. Au contraire les manifestations et les festivals se sont multipliés, souvent de haut niveau et fort prisés par les mélomanes. De mai jusqu’à septembre, les programmes s’enchaînent et amènent en Gironde les plus célèbres interprètes.
Aucun répit : Concours International de quatuor à cordes, Grandes Heures de Saint Emilion, Estivales de Musique au Cœur du Médoc, Festes baroques en Terre de Graves, Festival Voûtes et Voix, Grands Crus Musicaux, Musique en Fronsadais, Rencontres musicales internationales des Graves et que d’’autres qu’il est dommage de ne pas pouvoir mentionner
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Cette accumulation de talents (et de dévouement en ce qui concerne les organisateurs, le plus souvent bénévoles) ne suffit pas à faire du Bordelais une Terre de Musique, du moins quant à la vision qu’on en a de l’extérieur. C’est ce qu’a pensé Friedrich-Carl Bruns qui outre d’être consul est aussi un grand mélomane. Dans une démarche particulièrement novatrice de la part d’un membre, en exercice, du corps diplomatique, il a voulu faire connaitre aux bordelais, l’exemple des festivals musicaux allemands, suggérant qu’un partenariat serait possible qui ferait profiter Bordeaux de l’expérience allemande en matière de marketing culturel.
Le Rheingau Musik Festival
Bayreuth, Salzbourg, les musiciens germaniques ont suscités de grands festivals rayonnant sur le monde entier, à l’égal, pour le moins, de celui d’Aix en Provence. Mais, sur la période récente, se sont aussi développé des festivals ayant une finalité, pleinement assumée, d’animation touristique et économique : Schlesvig-Holstein, Mecklembourg-Poméranie ou Rheingau dans le Land de Hesse.
Dans les locaux de la Chambre de Commerce, ce 26 mai, des responsables du Rheingau Musik Festival, Michael Herrman, créateur et intendant du Festival et Anna Laue, responsable de la communication, présentaient leur festival dans une conférence au titre alléchant : Un festival de musique en Aquitaine - un moyen de dynamiser la région ?
Traversée par le Rhin, la Hesse offre nombre de similitudes avec l’Aquitaine (avec qui elle est jumelée) notamment la présence de nombreux châteaux et vignobles. Le Festival a été créé en 1987. Les débuts ont été difficiles mais maintenant, tout en maintenant une exigence de haute qualité musicale, il est devenu une véritable entreprise d’animation économique, créatrice d’emplois directs et indirects et vecteur de notoriété pour le Land. Il se déroule sur 9 semaines, de 26 juin au 28 août en 2010, avec 42 lieux de spectacles donnant prés de 150 spectacles, 130 000 spectateurs assurant un taux de remplissage moyen d’environ 95%. En outre, le festival déborde maintenant de son champ initial et soutient d’autres formes musicales ainsi que la littérature.

Le Budget du Festival s’élève à 6,5 millions d’euros, Il est assuré pratiquement sans subventions publiques (0,36 %), moitié par la vente des billets, moitié grâce au sponsoring. On touche à l’un des apports essentiels de la conférence. Pour surmonter les difficultés qui ont failli l’emporter, le festival a développé une politique particulièrement dynamique à l’écart des entreprises, L’emploi, expressément souligné, du terme sponsoring au lieu de mécénat, souvent préféré dans le domaine culturel, ne doit rien au hasard. Toutes les pratiques maintenant connues au travers du sport professionnel sont utilisées et assumées sans fausse pudeur, afin que le partenaire financier soit bien visible et bénéficie pleinement de la retombée médiatique sur laquelle il compte. Le programme présentant le festival est significatif : Au regard de chaque manifestation (voir illustration) figure le logo de celui qui la patronne.

Un complément indispensable est une politique active de notoriété et de communication. Il faut que les médias en parlent, et abondamment. Dans ce domaine aussi rien n’est négligé, des dossiers de presse jusqu’au site internet tout est orienté vers la plus grande visibilité pour le grand public et l’indispensable blog n’est pas oublié.
Un savoir faire ouvert au partenariat
C’est ce savoir-faire marketing que le Rheingau Musik Festival met à la disposition de l’Aquitaine. Avec une fausse naïveté feignant d’ignorer l’existant, il propose de réfléchir à la création, ex nihilo, d’un Festival musical d’Aquitaine, dont la mise en place ferait largement appel à l’expérience du Rheingau, à des échanges entre organisateurs, voire à des soutiens matériels.

Séduite par le dynamisme de l’exposé et par l’efficacité de l’organisation décrite, l’assistance se met à rêver : plus de rayonnement, plus de moyens, plus de notoriété et, détail non négligeable en ces temps d’austérité, moins de besoins de subventions, un tel Festival aurait bien des avantages, Puis un des participants rappelle l’existant. Il ne peut être tenu pour quantité négligeable.

















