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le lundi 22 février 2010

LOGEMENT SOCIAL | la Cub veut rattraper son retard

Pour la première fois les élus de l’agglomération affirment une volonté unanime de combler rapidement le déficit chronique de la Communauté urbaine en logements, notamment sociaux. Une volonté suspendue aux aides de l’État... et aux contraintes locales

Va-t-on vers une révolution dans l’agglomération bordelaise ? Vendredi les élus du Conseil de la Communauté urbaine de Bordeaux (Cub) ont de toute évidence été les acteurs d’un événement historique, à l’échelle de l’agglomération. Le Conseil s’est en effet engagé à combler dans les meilleurs délais le retard pris en matière de construction de logements, en particulier de logements sociaux. « J’ai rencontré les bailleurs sociaux et les promoteurs, assurait vendredi matin le président de la Cub et maire de Blanquefort, Vincent Feltesse : on peut tenir ces objectifs ». Des objectifs ambitieux : 8 à 9.000 logements par an avec 30% de logements sociaux dans chaque programme. L’effort sera notamment porté sur deux types précis de logements sociaux, les PLUS et PLAI, les plus demandés car les moins chers en terme de loyers et de plafond de revenus des ménages.

 Soutien de l’État nécessaire

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Le quartier des Portes d’Artigues, géré par Domofrance, un exemple d’uintégration réussie d’habital social au cadre urbain

Un effort qui vise à répondre à l’ambition des élus de faire passer à l’agglomération le cap du millions d’habitants à l’horizon 2030. Mais cet effort sans précédent passe obligatoirement, nuance de taille, par le soutien financier de l’État, qui s’est de son côté engagé sur la construction au niveau national de 140.000 logements sociaux. Ce soutien implique le renouvellement, actuellement débattu à la Cub, de la délégation des aides à la pierre, une compétence allouée pour la première fois par l’État en janvier 2006. Cette délégation porte sur la gestion des aides en faveur de la construction, de l’acquisition, de la réhabilitation et de la démolition de logements locatifs sociaux. Mais aussi sur celles destinées à la rénovation de l’habitat privé, en faveur de la location- accession et de la création de places d’hébergement d’urgence. Entre 2006 et 2009 la Cub avait ainsi pu construire 8.655 logements conventionnés (PLAI/PLUS/PLS), soit 2163 par an. Un bilan supérieur aux objectifs mais néanmoins insuffisant : la part des logements sociaux dans le parc immobilier de la Communauté urbaine n’a en effet guère évolué pendant la période : 21,8% en 2008 contre 21,3% en 2006.

 Fortes disparités

Cette moyenne cache en réalité de fortes disparités entre les communes de la Cub. Des disparités historiques qui n’ont pu être comblées entre 2001 et aujourd’hui. Ainsi une ville comme Ambarès-et-Lagrave, qui comptait 13,6% de logements sociaux en 2001 en comptait en 2008 12,5%. Bouliac est passé dans la même période de 3,2% de logements sociaux à 3,1%. Le Taillan-Médoc, de 1,6% à 4%. Bordeaux fait du surplace (15,2% en 2001 et 15,1% en 2008). Dans le même temps des villes comme Cenon ou Floirac sont passées respectivement de 52,2% et 45,6% à 53% et 50,2%. L’histoire de chaque commune et deux obstacles majeurs expliquent ces résultats contrastés. L’Histoire d’abord : une ville comme Saint-Médard -en-Jalles (12,2% de logements sociaux, une progression de près de 3% par rapport à 2001) s’est construite sur le modèle des pavillons et résidences avec jardins, pour une vie « Ã  l’américaine ». Difficile de changer de modèle... quand le contexte complique la donne.
Construire est devenu difficile et cher. Le foncier est rare sur

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Le 29 janvier dernier, pose de la première pierre du projet de construction de 228 logements à Artigues. Françoise Cartron, au centre, (à droite, le préfet Dominique Schmitt) a essuyé la colère d’une part des Artiguais face à son projet

l’agglomération. En partie de par l’imprévoyance de la Cub, qui ne s’est pas constituée de réserve foncière. En partie du fait de la spéculation foncière, qui n’a pas épargné l’agglomération. « Chez nous un terrain viabilisé de 400 à 500 mètres carrés coûte aujourd’hui entre 150 euros et 200 euros le mètre carré, commente Françoise Cartron, maire d’Artigues-près-Bordeaux, qui est passée en 8 ans de 2,1% de logements sociaux à 13,5%. On n’a aucune réserve foncière : pour en trouver on dépend du privé qui vous le vend au prix du marché ».

 Hostilité

La facture devient très salée pour les bailleurs sociaux, qui demandent alors souvent aux communes de mettre la main à la poche. La surcharge foncière, comme on l’appelle, grève le budget communal. L’opération de construction de 228 logements en cours sur Artigues, opération qui a fait l’objet du premier contrat de mixité sociale sur la Cub signé avec l’État le 29 janvier dernier, illustre le problème. Constitué à 50% de logements privés et à 50% de logements type PLAI et PLUS, le projet qui réunit plusieurs bailleurs sociaux va coûter cher. En raison du prix du foncier sur la commune. Et du prix auquel les opérateurs vont vendre les logements privés du programme, qui doit nécessairement être équilibré. Les promoteurs vont demander à la mairie d’Artigues de payer le solde.
Mais le plus gros obstacle à l’habitat social vient de l’hostilité des habitants. « L’opposition de la population à tout projet de construction est peut-être la plus grosse difficulté, avoue Françoise Cartron, qui a du essuyer un vent de fronde lors des dernières municipales. « On attaque jamais ouvertement le problème, on préfère avancer d’autres arguments explique l’élue : « nos maisons vont perdre de la valeur, le paysage va être défiguré par les constructions... » Mais parfois on se lâche : « quel type de population vous allez nous amener ? ». L’opposition locale pourrait faire flancher la détermination des maires, confrontés à une partie de leurs électeurs. C’est pourquoi la résolution adoptée vendredi par l’ensemble des élus communautaires peut être déterminante : « cette unanimité peut être un soutien pour le maire », conclut Françoise Cartron. L’avenir dira si cette belle unanimité tiendra le choc de la confrontation du terrain.

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