1/ Bordeaux Actu : Le président du Conseil général Philippe Madrelle refuse de participer au financement du projet de Grand Stade, à hauteur des 15 millions d’euros que lui demande le maire de Bordeaux Alain Juppé. Pourquoi ? Gilles Savary : La raison majeure, c’est la perspective de très grandes difficultés financières pour le Conseil général. Nous allons déjà devoir diminuer les subventions car nous ne pouvons pas toucher aux budgets du RSA, et des allocations. D’autant que le conseil va prendre sa part des 600.000 chômeurs qui arrivent en fin de droits. Nous ne sommes pas maîtres de nos dépenses. Et 15 millions d’euros, dans ce contexte, c’est 7 points de fiscalité en plus : ce n’est pas possible.
2/ Bordeaux Actu : Et l’autre raison ?
Gilles Savary : Le plan de financement du Grand Stade est très fragile. M6 [propriétaire des Girondins de Bordeaux, prêt à financer le projet à hauteur de 100 millions d’euros NDLR] met de l’argent virtuel sur la table : aucun sponsor ne mettra tant d’argent sur une aussi longue durée !
3/ Bordeaux Actu : C’est-à -dire ? Gilles Savary : M6 promet 100 millions d’euros en engagements de loyers pour la location du stade sur 20 ans. Si M6 se désengage des Girondins dans dix ans, qui va payer ? La mairie de Bordeaux. C’est pourquoi Alain Juppé veut chercher de l’argent frais chez un autre partenaire privé, dans un partenariat public-privé. Mais on sait bien que dans un tel partenariat, le public est toujours perdant.
4/ Bordeaux Actu : Existait-il une autre solution de financement ? Gilles Savary : Le maire de Bordeaux a refusé tout plan alternatif. Le Conseil général avait proposé un emprunt obligataire à quatre : Communauté urbaine, Conseil régional, Conseil général et mairie de Bordeaux. On aurait pu trouver des souscripteurs ; le département de Loire-Atlantique a ainsi souscrit avec succès un emprunt obligataire pour soutenir la recherche sur son territoire.

- Gilles Savary et Jean-Marie Darmian siègent côte à côte au Conseil général
- Photo Bordeaux Actu - Bernard Lamarque
5/ Bordeaux Actu : Ce refus de participer au financement est-il politique, comme l’affirme Alain Juppé ? Gilles Savary : Si on refuse de financer, c’est politique ! Mais on finance beaucoup de choses à Bordeaux : les collèges, le futur pont Bacalan-Bastide... et même les Girondins de Bordeaux ! On n’a jamais manqué à Alain Juppé. Il nous fait un faux procès. En fait, il considère qu’il dispose d’un droit de tirage sur les collectivités locales : c’est 15 millions d’euros ou la crise de nerfs. Mais il n’avait qu’à pas traiter nos propositions avec dédain. Son plan de financement est bancal.
6/ Bordeaux Actu : Finalement, un tel stade vous paraît-il justifié ? Gilles Savary : C’est un dossier compulsif, qui surréagit à la situation : les Girondins sont aujourd’hui au top sportif. Mais quid l’année prochaine ? Et que va-t-on faire de Chaban-Delmas ? En entretien, ça va coûter très cher. Ce projet de stade est un dossier à la Gribouille.
















