Traditionnellement août est pauvre en grande actualité et riche en événements locaux. Toute occasion est motif à fête, commémoration ou animation touristique. Une omission, un manque, en est d’autant plus surprenant et, dans le cas que nous évoquons, choquant : Le mois s’est écoulé sans évoquer Brémontier.
Pourtant, le Ministère de la Culture avait bien retenu, et signalé, le 200° anniversaire de sa mort, le 16 août, comme une opportunité à commémoration nationale. Une évocation régionale aurait été, pour le moins, bienvenue ... et utile en cette année de drame pour la forêt landaise.
L’angoisse du sable
Si l’un des plus importants et des plus anciens lycées de Bordeaux porte de nom de Brémontier (Nicolas, Thomas) ce n’est pas sans raison.

- Portrait de Nicolas Brémontier
- Reproduction affiche La Teste de Buch pour la commémoration du Bicentenaire de sa mort
Il y a deux cents ans les dunes que nous traversons pour atteindre l’océan n’étaient pas couvertes par une magnifique forêt. C’étaient de vastes étendues de sables, nues et mouvantes, un piège. C’étaient aussi une menace pour les habitants du littoral. Les dunes avancent. A la veille de la Révolution, la Teste vit dans la crainte d’être ensevelie, Soulac l’est déjà ou presque, Lège a du, par deux fois, déplacer son église.
La fixation des dunes
Le nom de Brémontier est associé à la fixation des dunes. D’autres noms sont à évoquer : les derniers Captaux de Buch (famille de Ruat), les frères Desbiey, Charlevoix de Villers, Peyjehan, sans oublier tous les anonymes dont les essais sont à l’origine des procédés mis en œuvre sous l’impulsion de Brémontier.
La figure de Brémontier émerge comme celle du stratège à l’origine du succès. Son mérite est quadruple : avoir conçu un projet cohérent pour tout le littoral, avoir obtenu de la royauté en faillite puis de la République guère plus argentée, les crédits nécessaires pour les premiers travaux testant la méthode ; être à l’origine de la Commission des Dunes, en 1801, première structure de réalisation ; avoir inspiré la réglementation (décret impérial de1810) qui, bien plus tard, a permis de réaliser l’essentiel des travaux.
Brémontier présente en effet cette particularité que l’essentiel de l’œuvre qui fait sa gloire a été réalisé prés de trente ans après sa mort. La forêt dunaire, environ un dixième du Massif landais(*), a pour l’essentiel, été plantée entre 1830 - 1860, par l’Administration des Ponts et Chaussées en continuité avec le processus initié par Brémontier.
Une occasion manquée
Que n’a-t-on rien fait cette année ? Région, Départements, grandes villes ou stations balnéaires, pas d’implication, rien. N’évoquons pas le devoir de mémoire, ni même de l’interêt à connaitre ses racines, il y a au moins la pertinence économique. L’océan, le sable et la forêt - piège à carbone - l’angoisse des populations, l’épopée humaine, autant d’éléments du supplément d’âme que les touristes recherchent, de plus en plus, même en séjour balnéaire, autant de symboles du dynamisme qu’aiment les investisseurs. Rien n’est perdu la création de la forêt landaise, sur les dunes, dans la lande ou les marais, peut être honorée de maintes manières.
Journées du Patrimoine : petit rattrapage
A l’occasion des Journées du Patrimoine, 19 et 20 septembre, la Municipalité de la Teste rend hommage à Brémontier par un vin d’honneur autour du Monument commémoratif (Cippe de Brémontier) installé dès 1818 (prés de ce qui deviendra la Route du Pyla) à proximité des premières plantations, suivra une conférence du Président de la Société Historique d’Arcachon (SHAA). De l’autre coté du Bassin, au Cap-Ferret, une association organise, samedi et dimanche, en coopération avec l’ONF, des visites d’explication et découverte de la forêt dunaire et évoque plusieurs thèmes historiques à son propos.
Peu de chose, en somme, pour un grand sujet.
(*) L’essentiel du Massif landais (environ les 8/10, prés de 750 000 hectares) a été crée à la suite d’une loi de 1857, C’est une action fortement volontariste du second empire, à laquelle sont associés le nom et l’action de Chambrelent.
Environ 1/10 du massif correspond à des « forêts naturelles » (ou plantées par des inconnus) qui existaient avant le 18° siècle et déjà connues dès le Moyen âge (et peut-être avant) pour leur production de résine et produits destinés au calfatage.

















