Deux rendez-vous annuels attendent les festivaliers en Aquitaine au mois d’août :
20ème Musicalarue, à Luxey, dans les Landes : 14, 15 et 16 août 2009
49 groupes, 15 compagnies et 24 000 festivaliers, de 18h à 3h du matin pendant 3 soirs.
L’association Musicalarue emploie seulement 2 permanents à l’année. Le festival annuel, qui représente les trois quarts du budget annuel de l’association, génère 713 000€ de dépenses. Pour cela, Musicalarue fait appel à 450 bénévoles et environ 200 personnes intervenant en temps que prestataires de services. Alors, que reste-t-il à la fin du festival dans les caisses de Musicalarue ?
Reggae Sun Ska, 12ème édition : 7 & 8 août 2009, à Cissac-Médoc
18 groupes, et 20 000 festivaliers en 2 jours
Organisé par l’association Music’Action, le Reggae Sun Ska est aujourd’hui le festival reggae référence dans l’hexagone. Le budget prévisionnel 2009 représente 665 000 €. 400 bénévoles sont appelés pour l’évènement. Derrière un succès festif, un rendez-vous où le public répond là aussi présent, la marge d’erreur est-elle conséquente ?
Pour cela, décortiquons les budgets 2009 de ces deux festivals. Les informations qui suivent ont été transmises à la rédaction par les organisateurs respectifs de Musicalarue et du Reggae Sun Ska.
Côté dépenses :
La plus grosse dépense revient incontestablement au budget logistique du festival. Musicalarue dépense environ 220 000 € dans la location du matériel son et lumières, les salaires des deux permanents et les prestations des techniciens et intervenants du festival. Pour ces mêmes tâches, le Reggae Sun Ska en dépense 270 000 € pour tout ce qui concerne le bon déroulement du festival, matériel et personnel réunis.
La deuxième dépense revient aux artistes. C’est 18% du budget au Reggae Sun Ska, contre 29% au Musicalarue. Le différend de Luxey s’explique par le nombre élevé de compagnies et artistes. Au Reggae Sun Ska, les cachets ne sont pas négligeables pour autant, Music’Action visant pour bon nombre des pointures à l’international. Avec 120 000 € de cachets, c’est-à -dire même pas un sixième du cachet de Johnny (oui, notre rockeur national), le festival reggae offre une programmation de taille. Dans ce cas, c’est l’expérience du programmateur qui parle.
Quand Musicalarue consacre 65 000 € à la promotion de son festival, le Reggae Sun Ska en consacre 41 000 €. C’est tout de même 8% environ du budget global. Le Reggae Sun Ska se différencie sur un point : l’Eco Sun Ska. Il consacre 23 000 € à cette initiative regroupant toutes les mesures écologiques et durables sur le festival. Des frais annexes apparaissent sur les budgets des deux festivals : citons 25 000 € de dépenses pour le déplacement des artistes à Luxey, 14 000 € pour leur hébergement au Reggae Sun Ska, 55 000 € de budget pour la sécurité du site pour le festival médocain, ou encore 18 000 € à Luxey pour assurer biens et personnes présentes pendant les trois soirs (l’assurance au Reggae Sun Ska coûte 7 000 € à Music’Action).
Prestataires et artistes récompensés, l’Etat vient récupérer son dû. Un chiffre renversant : 41 000 € de taxes au Reggae Sun Ska.
Côté recettes :
Dans les deux cas, le public est la principale ressource du festival. Les quelques 20 000 festivaliers de chacun des deux rendez-vous rentreront entre 350 000€ et 400 000€ dans les caisses de chaque festival, amenant à plus ou moins 50% la part « billetterie » dans le budget. Reggae Sun Ska et Musicalarue ont tous deux trouvé un équilibre à 25 € environ le prix d’entrée par soir.
Indispensable fonds que sont les subventions, le Reggae Sun Ska réunit cette année 167 000 € de financement, Musicalarue parle de 228 000 €. Pour le festival du Médoc, le Région et le Département allouent 60 000 € chacun, alors qu’à Luxey, c’est le Conseil Général des Landes qui sort du lot : 150 000 € de subventions, contre 50 000€ de la part de la Région. Les mairies participent activement, comparativement à leur potentiel. Cissac donne 10 000 € au Reggae Sun Ska, Luxey donne 1 000 € et surtout les clés du village pendant les trois jours (c’est là la spécificité de Luxey, le site étant réparti dans ce petit village). Juste retour des choses, la SACEM et la CNV (1) reversent respectivement 8 000 € et 17 000€ au Reggae Sun Ska, contre 4 500 € et 8 000 € au Musicalarue. Enfin, des partenaires et collectivités touchés par l’environnement contribuent au financement, à l’image de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (10 000 € pour Musicalarue), le Parc Naturel des Landes de Gascogne (5 000 € pour Musicalarue), le Conseil Général de la Gironde, section Environnement (2 500€ pour le Reggae Sun Ska). Ce dernier festival devrait recevoir également 10 000 € de la part de la communauté de communes du Centre Médoc.
Le bar et les snacks sont les troisièmes gagne-pains des festivals. Luxey a fait le choix de faire payer l’emplacement aux exposants extérieurs à l’organisation, alors que le Reggae Sun Ska s’équipe de structures pour y déléguer les bénévoles du festival. Résultat : près de 120 000€ de recettes buvettes, snacks, et produits dérivés au Reggae Sun Ska, contre 68 000€ seulement à Luxey, sur les trois soirs du festival. Cela dit, Musicalarue récupère 55 000€ sur les droits d’emplacement des exposants et les partenariats.
En ajoutant quelques milliers d’euros de sponsoring et mécenats pour chacun des deux festivals, les recettes ne décollent rarement au-delà des dépenses. Le Reggae Sun Ska annonce 8 800€ de résultat pour 2009, soit à peine plus qu’un pourcent du budget, réinvestit dans l’édition 2010. Pire encore, en 2008, à cause du mauvais temps, le festival Musicalarue a subi un déficit de 70 000€, somme heureusement compensée par des subventions exceptionnelles du Département et de la Région. Ces festivals jouent donc en flux tendu, risquant la banqueroute d’un moment à l’autre pour une raison ou pour une autre. Bien heureusement, leur notoriété au niveau régional et locale leur assure un soutien considérable des collectivités, et un public minimum assuré.
Mais ce n’est parce qu’on en est à la énième édition qu’on ne s’aventure pas dans une opération à risque. Pour Musicalarue, certaines subventions ne tombent qu’en avril, et les caisses de l’association peuvent se retrouver à vide en quelques heures : « On joue le match le même jour que l’entraînement » précise Bruno Brisson, organisateur bénévole à Luxey.
A un mois de ces deux rendez-vous, les subventions et les préventes rassurent les organisateurs. Néanmoins, rien n’est joué sans filet de sécurité.
Affaire à suivre au cours de l’été, avec les autres festivals incontournables d’Aquitaine.
(1) La SACEM : Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique et la CNV : Centre National de la chanson, la Variété et le jazz sont les deux organismes publiques de soutien, entre autres, aux musiciens et entreprises de spectacle.














