« L’économie est de plus en plus interdépendante, l’absence de visibilité est encore plus forte qu’avant et la confiance est loin d’être revenue ». Jean-Michel Gautheron, rapporteur général de la Commission Développement économique et Programmation du CESR l’avouait ce mardi à l’occasion de la présentation de sa note de conjoncture régionale : « la conjoncture économique pour 2010 est très incertaine ». Une chose est sûre : sur le front de l’emploi, et alors que les meilleures projections tablent sur une croissance de l’économie française d’1,3 à 1,4% au mieux en 2010, l’horizon s’assombrit, n’en déplaise au président Sarkozy, lequel est bien le seul à prophétiser un recul du chômage. « La crise financière induit un effet retard sur l’emploi, analyse l’économiste Pierre Delfaud, président de la section Veille et Prospective. Plusieurs plans sociaux n’ont toujours pas été mis en oeuvre... Il y a deux ans on pensait que l’Aquitaine pourrait passer au travers de la crise mais on s’est trompé : l’agriculture a été touchée plus qu’on ne le pensait, l’aéronautique aussi... »
Situations contrastées
Ainsi, alors que jusqu’ici la région avait tendance à faire un peu mieux que la moyenne nationale en terme d’activité économique et d’emploi, la tendance est aujourd’hui inversée : « l’Aquitaine ne diverge plus de la tendance nationale depuis 2007 », avoue Pierre Delfaud. Seule (petite) consolation : le taux de chômage reste légèrement inférieur à la moyenne nationale. Et le bilan des défaillance d’entreprises est moins pire qu’ailleurs en France. La situation par branche d’activité est cependant contrastée : « le tourisme s’en sort plutôt bien, assure Jean-Michel Gautheron. L’offre de l’hôtellerie en plein air a soutenu l’activité. L’agro-alimentaire s’en est tiré mieux que prévu grâce aux fêtes de fin d’année. Mais le vin perd des parts de marché. Le bois connaît des situations contrastées. L’aéronautique a été pas mal tabassée mais là encore les

- De gauche à droite Pierre Delfaud, Jean-Michel Gautheron, Luc Paboeuf (président du CESR) et François Ellisalt (directeur régional de l’INSEE) : le CESR critique le retard pris dans les programmes industriels régionaux
- Photo Bordeaux Actu - Stéphane Moreale
situations sont contrastées : le spatial est bien orienté, de même que le militaire mais les grands donneurs d’ordres ayant réintégré certaines activités, les sous-traitants souffrent. Et les perspectives ne sont pas bonnes. Turboméca par exemple connaît des difficultés dans son plan de charge, le secteur des avions d’affaires ralentit... »
Leviers de croissance au point mort
Les programmes structurants de l’A65, de l’A63 et les investissements publics dans les chantiers de conservation du patrimoine ont évité une chute de l’activité construction mais les plans de relance « sont un fusil à un coup », avertit Pierre Delfaud. Aussi le CESR s’interroge-t-il sur les moyens de préparer la sortie de crise et les leviers de croissance permettant de soutenir les PME-PMI-TPE, qui constituent l’essentiel du tissu économique régional. Il critique ainsi à mots voilés le retard pris dans plusieurs programmes potentiellement créateurs d’emplois. « La route des lasers ne sera pas opérationnelle avant 2015, la plupart des projets concernant l’économie verte ne sont pas engagés, le dossier First Aquitaine Industrie n’est toujours pas bouclé un an après, le bio ne représente que 2% des surfaces cultivées... Il y a des leviers de croissance dans la région, ça fait des années qu’on en parle, lâche Pierre Delfaud. Il existe des filières industrielles mais la question est : quand va-t-on les soutenir ? Pour sortir de la crise, il faut être pro-actif sur l’économie réelle. Alors que les dégâts sur l’emploi sont immédiats, les projets, et ils sont nombreux, ne décollent pas ! »














