1/ Bordeaux Actu : Quel bilan tirez-vous du statut de l’auto-entrepreneur instauré il y a un an par le gouvernement ?
Maurice Praud : L’engouement pour ce statut me semble légitime si vous êtes en pré-retraite, si vous ne voulez plus travailler au noir, ou encore si vous êtes jeune et que vous vous lancez dans la création d’entreprise : vous pouvez choisir ce statut en attendant d’y voir plus clair et d’opter ensuite pour un statut adapté. Je crois qu’il serait légitime de prendre le statut d’auto-entrepreneur pendant un an, puis choisir la SARL, la micro-entreprise... Mais je trouve que l’auto-entreprise introduit de nombreuses disparités.
2/ Bordeaux Actu : Lesquelles ?
Maurice Praud : En 2009 il s’est créé dans la région 12170 entreprises dans l’artisanat et 7189 auto-entreprises. Sur les 4991

- Pour Maurice Praud, l’auto-entrepreneur concurrence l’artisan sans avoir les mêmes contraintes
- photo Chambre régionale des métiers d’Aquitaine
entrepreneurs qui se sont inscrits au RCS [Registre du Commerce et des Sociétés NDLR], seuls 61 étaient des auto-entrepreneurs ! [ce qui est logique : le statut dispense ses bénéficiaires de l’inscription au RCS] 30% seulement des auto-entrepreneurs déclarent un chiffre d’affaires. La plupart déclarent un revenu inférieur à 700 euros mensuels. Certains sont incités par les conditions du statut à sous-évaluer leurs revenus pour ne pas dépasser le plafond [80 300 euros HT pour une activité commerciale, 32 100 euros HT pour les prestations de services]. Le chiffre d’affaires des auto-entrepreneurs n’est que déclaratif...
3/ Bordeaux Actu : L’auto-entrepreneur ferait-il concurrence à l’artisan ?
Maurice Praud : Les artisans qui travaillent dans le BTP sont en effet très critiques à l’encontre de ce statut. Ils disent « les auto-entrepreneurs ne sont pas qualifiés ». Ce problème existe : quand un consommateur fait venir chez lui un auto-entrepreneur, quelles garanties a-t-il sur ses qualifications ?
4/ Bordeaux Actu : Vous êtes contre ce statut ?
Maurice Praud : Il faut peut-être penser à tous ces salariés qui ont du mal à se réinsérer dans la vie active. Mais il faut aussi penser aux artisans, qui ont des contraintes, des obligations de qualifications. Il y a un dernier détail : L’auto-entrepreneur ne déclare ses charges que tous les trimestres [plus exactement le prélèvement libératoire est trimestriel ou mensuel (au choix) et calculé sur le chiffre d’affaires, soit des charges comprises entre 12% et 18,3% selon l’activité]. Un auto-entrepreneur qui ne déclarerait presque rien va payer une portion ténue de charges mais on va quand même lui octroyer un trimestre de retraite payé par la collectivité. Alors qu’on dit vouloir réformer le système de retraite par répartition, je ne trouve pas ça très égalitaire !














