Soixante cinq ans, déjà , nous séparent du débarquement de Normandie. Le devoir de mémoire reste intact et nous gardons le souvenir de ces « Hommes ordinaires qui, un jour, ont fait quelque chose d’extraordinaire ».
Si les hommes de 1944, comme d’autres sur d’autres fronts, combattaient pour l’humanité entière afin d’écraser l’infamie, il ne faut pas en oublier pour autant d’autres soldats américains, venus mourir sur le sol de France, un quart de siècle plus tôt, en 1917, il y a moins d’un siècle.
Les Etats-Unis et 14-18
Au cours des deux premières années du conflit, les Etats-Unis sont essentiellement désireux de se tenir à l’écart, réflexe salvateur pour un pays constitué d’immigrants issus de l’une et l’autre des deux coalitions en guerre. D’ailleurs, le Président Wilson est un pacifiste convaincu ainsi que le montreront ses initiatives ultérieures en faveur de la Société des Nations. Seules quelques individualités s’engagent auprès des troupes alliées dont le poète Alan Seeger, devenu légionnaire - lire un des poèmes préférés du Président J.F. Kennedy), et ceux qui formeront l’Escadrille La Fayette.
Progressivement, les débordements du Reich, l’action des sous marins notamment, conduisent les responsables américains à changer d’attitude et à « choisir la défense du droit plutôt que la paix ». En 1917, les Etats-unis n’ont pas de véritable armée, moins de 200 000, inexpérimentés et mal équipés, le Sélective Service Act ( 18 mai 1917) permet de porter les effectifs à quatre millions de soldats (novembre 1918). Progressivement, 2 millions d’hommes – dont prés de 350 000 noirs - seront envoyés en Europe, 50 000 y laisseront leur vie. En deux ans, le Général Pershing, transforme le corps expéditionnaire en une grande armée autonome, matrice de l’armée des Etats-Unis. Dans le même temps, un énorme déploiement logistique permet l’acheminement des équipements nécessaires, 1 tonne pour chaque homme. Les infrastructures réalisées marqueront notre paysage économique. Ainsi, après Saint Nazaire, une deuxième base américaine est créée à Bassens en Gironde, un port capable de recevoir et de décharger vingt navires à la fois.
La Fayette, nous voici
Notons comme fait annexe, mais c’est loin d’être anecdotique, que recensés et incorporés, 17 313 Indiens deviennent soldats des États-Unis d’Amérique en 1917 et 14 000 d’entre eux sont envoyés en Europe. Leur conduite héroïque aurait largement contribué à ce que la citoyenneté américaine soit, enfin, accordée aux Natives en1919. Sur le territoire français, six nécropoles recueillent les corps de 30 066 Américains. Elles sont confiés à l’American Battle Monuments Commission, créée en 1923, dont le premier président est le général Pershing.
Moins directement lié aux combats, un monument est érigé à la Pointe de Grave (Commune du Verdon) à la mémoire des troupes du général Pershing, qui y ont débarqué en 1917 avant de partir en instruction à Bordeaux puis sur le front de la guerre 14-18. L’épitaphe rappelle, qu’en sens inverse, le général La Fayette est parti non loin de là , de Pauillac, le 24 mars 1777, pour venir en aide aux Américains. C’est le pendant du fameux « La Fayette nous voici » du 4 juillet 1917 (sur la tombe de la Fayette au cimetière de Picpus, à Paris).
Le monument érigé dans l’entre-deux-guerres a été détruit en 1942. Reconstruit, sous un format plus modeste, il apparaît sinon à l’abandon, du moins bien négligé, et la plaque commémorative, en bronze, est désarticulée.
Lorsque l’on voit les foules sur les plages normandes, on se dit si le devoir de mémoire n’est pas suffisant – ce qu’il devrait être – l’intérêt bien compris de la commune et du département serait que le monument soit restauré et mis en valeur. Sans compter que son image serait une excellente entrée en matière pour la promotion des vins du Médoc dans le Missouri (Etat natal du Général Pershing) et tout le Middle West.


















