La déception a été sévère mais il est probablement exact que le dossier Le Corbusier ne présentait pas encore les hautes qualités que l’Unesco est en droit d’exiger pour un classement au Patrimoine Mondial. En Gironde, notamment, les réalisations faites à la demande de Frugès restent insuffisamment mises en valeur, voire préservées.
Nombre des maisons à Pessac sont encore dans un état déplorable mais la municipalité, maintenant stimulée par l’Association Quartiers modernes Frugès - Le Corbusier, fait des efforts. Quelques immeubles, bien restaurés, ont retrouvé l’aspect voulu par l’architecte. L’un d’eux a été transformé en un musée qui, chaque année, offre 4 expositions de bonne tenue. Celle de l’automne 2009 met à l’honneur Henry Frugès
, L’onirisme et le Sacré, tableaux d’Henry Frugès du 1° octobre au 31 décembre, Cette exposition sera suivie par Architecture et paysages artificiels jusqu’au 6 avril et de deux expositions photographiques sur La Sauve Majeur au printemps et sur la photo d’architecture pendant l’été 2010 - Maison municipale Frugès - Le Corbusier, 4 rue Le Corbusier - Pessac - 05 56 36 56 46 l’industriel qui fit appel à le Corbusier pour loger ses ouvriers à Lège et à Pessac.
L’appel au Corbusier
Le nom et la fortune d’Henry Frugès ont une origine peu commune. Son père avait, initialement, pour nom Baronet. Il fût adopté par un industriel du sucre, Henri (avec i) Frugès, dont il était le principal collaborateur et Henry, né 1879, est le filleul d’Henri. Coté maternelle, l’ascendance est marquée par les arts et Henry en pratique de nombreux, étant « chercheur, artiste multivalent, architecte (non diplôme), peintre (de la fresque à la miniature sur ivoire), sculpteur, pianiste et compositeur ... »
Lui et son père ont vraisemblablement une vision sociale de la fonction patronale, notamment soucieux des problèmes du logement ouvrier. En 1923, alors qu’ils s’apprêtent à faire « construire un groupe de maisons ouvrières », Henry découvre Le Corbusier à travers la lecture de « Vers une architecture ». Il décide d’intéresser l’architecte au projet, éprouvant d’ailleurs quelques difficultés à établir le contact. On connait la suite : Cité Frugès à Lège, Maison du Tonkin près de la gare Saint Jean, Quartiers modernes Frugès à Pessac.
L’image du mécène
Frugès joue dans l’épanouissement de la pensée de Le Corbusier un rôle beaucoup plus important que ces relations de commanditaire à architecte. Ainsi, il finance, pour moitié avec l’avionneur Voisin, le Pavillon de l’Esprit Nouveau qui, dans l’hostilité environnante, permet à le Corbusier d’être présent à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes (1925) et d’y défendre ses conceptions sur la standardisation et le recours à des moyens industriels pour des constructions résidentielles ne négligeant ni le bien être ni la beauté.
Les biographes notent qu’à cette période, sa coopération avec Frugès représente pour Le Corbusier la matérialisation du couple le prophète et le mécène qu’il avait imaginé dans l’une de ses œuvres « Urbanisme » et Le Corbusier tient en forte estime les qualités artistiques de Frugès, lesquelles s’expriment aussi dans la magnifique maison Architecte Pierre Ferret que l’industriel achève sur les Allées Damour Actuellement 63 place des Martyrs de la Résistance.
L’industriel contribue à la conception des Quartiers Modernes Frugès par un vrai dialogue avec l’architecte, facilité par l’identité des préoccupations. On dit que c’est de ce dialogue qu’est née la polychromie des murs extérieurs des maisons. Elle deviendra une sorte de marque de fabrique de l’architecte.
L’exil et le retour
La crise des années 30 est là .
Frugès cède son usine à Beghin Say et part pour l’Afrique du Nord, Tunis d’abord, puis Alger. La vie est moins aisée mais l’art est toujours présent dans sa vie. Ses talents de peintre auraient même permis, à certains moments, d’atténuer la dureté des temps et il aurait orné de fresques certains monuments d’Alger du temps de la présence française.
Retour contraint et précipité en 1963, Frugès choisit de se réinstaller au pays natal où il demeurera jusqu’à sa mort en 1974, enrichissant de ses souvenirs ce que nous savons de l’œuvre de Le Corbusier et de ses réalisations à Pessac. Il laisse de nombreux tableaux. Ses héritiers font don de certains, pour la majorité peints après son retour, à la ville. C’est la matière de l’exposition.
L’exposition : des miniatures en fresque
Qui sommes nous pour juger les œuvres exposées ? La plupart sont inspirées de la vie de Bouddha ou traitent de sujets similaires. Elles surprennent de prime abord, pas de réelles sensations en les regardant, peu d’émotion. Le genre ne nous est pas familier, on sent - le titre de l’exposition le suggère - que la communication sera meilleure avec un lecteur empreint de mysticisme oriental.
La technique aussi étonne, une première vision évoque des icônes, l’abondance d’or y contribue, mais cette impression est vite balayée par le foisonnement des décors et des détails. L’examen minutieux permet, mieux que la vue d’ensemble, d’apprécier l’artiste et de reconnaitre son talent dans la finesse d’exécution. Serions nous plus sensibles à ses dons pour la miniature qu’à ses qualités pour les fresques. C’est peut-être la cause de notre étonnement et, disons le, de notre déception initiale. Nous ne sommes pas habitués à voire dans des tableaux présentés verticalement ce qui s’apparente à des miniatures qui, généralement se regardent à plat.
L’art d’Henry Frugès a cependant une autre facette, à coté d’une majorité d’œuvres évoquant des miniatures d’orient, quelques compositions fantasmagoriques, presque abstraites, s’accordent mieux avec notre manière de voir et touche notre sensibilité, signe vraisemblablement d’un talent multiple qui aurait pu mieux retenir l’attention des critiques bordelais.























