Toute allégation contraire procède donc de la plus odieuse calomnie et d’une volonté manifeste de nuire au Gouvernement et par conséquent à la France... On veut bien croire qu’Eric Woerth dont la gueule d’ange n’est tout de même pas celle d’un pigeon de l’année, n’intervenait pas dans les dossiers fiscaux « sensibles » par voie de dépêche publique ou de note de service, mais, comme tous les Ministres du budget, par une chaîne de consignes informelles et non écrites, du Ministre à un proche collaborateur de cabinet, jusqu’au haut fonctionnaire de confiance placé là pour agir discrètement et sans trace, dans le sens souhaité...
Ce genre de petits et grands « arrangements » inavouables constituent d’ailleurs une demande universelle et constante des Français à l’égard de leurs élus... c’est précisément pourquoi, a l’inverse des anglo-saxons, un « scandale » ne fait pas forcément une disgrâce politique en France. De surcroît, on sait désormais qu’il n’y avait pas de dossier fiscal Bettencourt, précisément par défaut de curiosité des services fiscaux, à l’égard de la fortune de Madame Bettencourt alors qu’une intense bataille juridico-financière était engagée par son héritière.
Et comme Eric Woerth ne savait pas ce que faisait sa femme, il ne pouvait se douter que Madame Bettencourt plaçait des fonds en Suisse pour les soustraire au fisc français...
Dès lors, il n’y a aucune raison de douter de la sincère cécité de l’Inspection Générale, qui sait tout cela mais n’a rien vu. C’est tout de même dommage qu’elle ne nous ait pas éclairé a contrario sur ce miracle d’indifférence des services fiscaux à l’égard de Madame Bettencourt, quand ils se montrent d’habitude si perspicaces à l’égard du citoyen commun...
Dans cette affaire, c’est le mensonge éhonté dans lequel s’enfonce Eric Woerth, et le mépris des Français qu’il traduit, qui sont pathétiques.
Heureusement que les pouvoirs disposent en France de l’inoxydable loyauté des ces curieux corps d’inspection générale qui sont aux administrations de notre République ce que sont les Ordres professionnels hérités du Pétainisme aux professions médicales et juridiques : à la fois défenseurs des intérêts du corps et polices internes chargées d’en arbitrer la déontologie, accessoirement de noyer les affaires susceptibles de les entacher.
En 1998, la Police bordelaise, pilotée par un discret Commissaire intégré au Cabinet du Maire de Bordeaux, Alain Juppé, s’était faite bêtement piquer en train de filmer jour et nuit les allées et venues des militants et visiteurs du siège bordelais du Parti Socialiste. Fraichement parachuté, Alain Juppé avait besoin de connaitre son monde... L’affaire avait fait quelques remous sur la place, et l’objet d’une saisine véhémente du Ministre de l’Intérieur du Gouvernement Jospin, un certain Jean-Pierre Chevènement.
Embarras des grands de ce monde vis à vis de leur très cher collègue Juppé... On diligenta en grand équipage l’Inspection Générale de la Police Nationale à Bordeaux, avec une hâte maîtrisée, le temps que la caméra disparaisse et qu’Alain Juppé exfiltre son indélicat cerbère. Finalement, la très vénérable et irréprochable Inspection Générale du Ministère de l’Intérieur classa l’affaire sans en avoir rien vu, et évidemment sans suite pour quiconque.
Heureusement que les Inspections Générales existent pour faire prendre au bon peuple des vessies pour des lanternes, car évidemment, il est tout simplement aussi indécent de mettre en doute la sincérité d’un rapport d’inspection que de commenter une décision de justice.
La question à se poser tout de même est de savoir si ces extincteurs institutionnels au service des pouvoirs, abusent encore quiconque à l’heure d’Internet... En tout cas l’affaire Woerth-Bettencourt est un vif encouragement à en abréger le ridicule en les réformant.

















